Créée il y a une dizaine d'années au plus fort de la vague Internet, Cortix a fait mieux que résister au dégonflement de la bulle, fatale à tant d'autres start-up. Jusqu'à l'année dernière, la société mérignacaise doublait quasiment son chiffre d'affaires qu'elle avait fini par porter à 30 millions d'euros.
Cette croissance foudroyante s'est appuyée sur un modèle économique d'une redoutable efficacité : une des pièces maîtresses du groupe est constituée par son centre d'appel de Tunis qui a employé jusqu'à 400 salariés avec des rémunérations évidemment sans commune mesure avec celles de l'Hexagone.
La plupart des salariés tunisiens ont pour mission de faire du démarchage téléphonique intensif auprès d'entreprises de petite taille pour les convaincre d'accepter des rendez-vous avec des commerciaux de Cortix. Les commerciaux s'efforcent ensuite de convaincre les prospects de se faire réaliser un site Internet. Une fois l'affaire conclue, Cortix revend le contrat à des sociétés de leasing qui perçoivent pendant une longue durée (quatre ans) des mensualités dépassant souvent les 150 euros par mois.
Plusieurs procès perdus
Pendant près de dix ans, cette machine a fonctionné à plein régime, permettant à l'entreprise de s'implanter dans une douzaine de pays, et de s'introduire en Bourse, fin 2007. Cette stratégie commerciale offensive ne lui a pas fait que des amis. L'entreprise est d'ailleurs toujours sous le coup d'une information judiciaire devant le tribunal de grande instance de Bordeaux et elle a perdu plusieurs procès devant la juridiction consulaire bordelaise, et d'autres tribunaux de commerce. Hassane Hamza reconnaît aujourd'hui certains « excès » et affirme que ses clients disposent maintenant de délais de rétractation qui les protègent mieux.
Mais après ces secousses judiciaires, Cortix doit maintenant affronter la tempête économique : la crise pèse sur la demande mais également sur la solvabilité des clients qui se recrutent pour l'essentiel dans un tissu économique très vulnérable. Au surplus, la montée en flèche des taux d'intérêt pendant la période qui a suivi l'ébranlement du système financier mondial n'a rien arrangé.
Après avoir galopé pendant une décennie, Cortix a donc dû tailler dans le vif : plusieurs filiales déficitaires (Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas) ont été fermées. Des réductions d'effectifs ont eu lieu au centre d'appel de Tunis dont la société souhaite proposer une partie des ressources à des partenaires. Le siège mérignacais qui compte aujourd'hui une quarantaine de salariés a perdu environ 20 % de ses effectifs. Par ailleurs l'entreprise s'efforce de mieux évaluer la situation financière de ses prospects avant de déclencher à leur égard son artillerie commerciale. Mais elle s'emploie aussi à leur proposer des services à plus forte valeur ajoutée comme la réalisation de sites de cyber-vente - et non plus seulement de sites vitrine -, ou l'insertion d'images vidéo. On saura d'ici quelque temps si cette thérapeutique lui permet de remonter la pente.
Auteur : Bernard Broustet (sudouest.com)

